Ca y est, c'est le grand départ, en route pour l'Océan Atlantique! J'ai décidé de commencer par une étape facile: 35 kilomètres de plat, entièrement sur piste cyclable, après trois journées de repos total. En plus, la météo est avec moi: le soleil est radieux. Parti à 8h, j'ai voulu couper à travers la ville pour rejoindre la piste plus directement, commettant ainsi ma première erreur de navigation: je me retrouve à longer des bretelles d'autoroute, expérience très désagréable qui ne raccourcit en rien mon trajet. Une fois sorti de Strasbourg, j'emprunte la piste du canal de la Bruche.
Après quelques minutes, une petite douleur au tendon d'Achille m'inquiète un peu, mais elle passe.
Je quitte la piste à Wolxheim pour en rejoindre une autre à Soultz-lès-Bains, où je m'arrête pour manger. Au menu : pain, jambon, tomate. Assis dans un verger, je me fais aborder par un gars à vélo, déjà croisé plusieurs fois depuis ce matin. Le gars veut une cigarette : je n'en ai pas, mais il ne me croit pas. Il faut dire que dans ma poche, mon appareil photo a la même forme et la même taille qu'un paquet de Camel. Comme il devient agressif, je finis par lui montrer la sangle de mon appareil-photo, en espérant qu'il ne me le vole pas. Et ça marche, après dix minutes, il finit par repartir vers Strasbourg, et je peux me restaurer et essayer de retrouver la sérénité.
J'arrive à Wasselonne à 15h30, sous un soleil de plomb. La montée vers le centre ville est particulièrement éprouvante (comme tous les derniers kilomètres, chaque jour, pendant le mois à venir), heureusement que la ville est jolie. On peut y voir des maisons alsaciennes, une belle tour carrée médiévale. Une particularité de Wasselonne est l'abondance des emblèmes de métiers, autrefois sculptés sur une pierre à l'entrée de la maison des artisans (voir le circuit touristique). Je suis arrivé tôt, avec l'idée que ça me permettrait d'aller sonner chez les personnes potentiellement sympas (historiens locaux, militants verts..) dont j'ai récupéré l'adresse avant de partir. Je commence tout de même par aller à l'office du tourisme, où deux dames très gentilles s'ennuient ferme. Je leur explique mon voyage et mon problème de logement pour le soir, et leur demande si elles ne connaîtraient pas quelqu'un de très accueillant susceptible de m'héberger. La réponse est non en ce qui les concerne, mais elles appellent la mairie, qui m'autorise à planter ma tente gratuitement sur un terrain communal. C'est déjà ça!
Ceci dit, je ne voyage pas pour passer mes soirées seul pendant un mois, alors j'essaie quand même de faire le tour de mes adresses. C'est un fiasco, un échec, la bérézina totale : le responsable du Club Vosgien n'est pas chez lui, le leader local des Verts a déménagé depuis trois ans, et le curé ne m'inspire pas confiance. 2km pour rien! Comme le terrain qu'on m'a proposé est au bord de la nationale, je décide de tenter le coup au camping, j'essaierai de négocier un prix.
Le camping est très loin, mais très bien, avec piscine et tout le confort. Le gérant m'accueille en maillot de bain entre deux plongeons, et m'accorde une réduction fort sympathique, presque sans discuter (il devait être pressé de retourner dans l'eau). Le jardinier est très sympa, limite collant à vouloir me préparer un petit déjeuner, mais aussi savoir à quelle heure je pars, et où je vais demain. Je suis sans doute trop méfiant, mais enfin, je trouve ça louche, surtout quand il me précise, une fois ma tente installée à l'emplacement qu'il m'a conseillé, qu'il a sa caravane juste en face de ma tente! Enfin, je m'endors en disposant mes canifs stratégiquement pour pouvoir me défendre en cas d'attaque nocturne, ce qui me permettra de me trouver bien ridicule demain matin!